Octobre 1999
- Tiens Thomas ! Ça fait un bail. Viens voir, approches.
Ses traits accusaient la fatigue, pourtant sa voix, au timbre dynamique, trahissait son excitation. Je le trouvais changé, sans savoir à quoi rattacher cette sensation. Quelque chose dans le regard peut-être.
- Regardes, ça fait une semaine que je travaille là dessus, c'est génial ! Je n'en dors plus, mais c'est génial !
- Tu vois cet écran là ? C'est ma connexion sur le satellite météo, et là c'est le système autoroutier, tu comprends ? Non ! Bon voilà, je me suis ouvert un compte dans cette banque, acheté des actions de
- Tu veux dire que c'est toi qui trafique les données du satellite ?
- Oui, et c'est moi qui pousse à droite ou à gauche ! Génial non ? Un petit nuage ici, un soleil là et hop jack pot ! Chaque fois que les stats indiquent un dépassement de flux prévu, paf !
- Et ce chiffre, se sont des vacanciers ?
- Ouais ! Des gogos qui vont s'entasser sur les plages.
- Mais ce sont des personnes, leurs vies, des gosses, enfin …
- Hé ! Alors … ils n'ont qu'a pas être aussi cons, on leur ferait avaler n'importe quoi. Si au lieu d'écouter la télé, ils regardaient par la fenêtre ou acceptaient un peu de pluie, et puis, je m'en fous, si t'es venu pour me faire la morale ! Oui, je triche, mais tout le monde triche. Si c'est pas moi c'est un autre. Alors moi, du moment que je m'en mets plein les poches.
Je l'ai laissé avec sa ferraille, et ses bits jouissifs, je n'avais plus rien à faire avec ce genre d'abruti qui chie sur ce qui l'entoure et s'étonne que le monde pue. En quittant la courette, j'ai dégoté un parpaing et, passant devant son compteur électrique, je l'ai détruit pour me soulager.
Eric Hénunc
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